Inclusion

Lutter contre les discriminations des jeunes des quartiers populaires pour une ville plus inclusive

Monsieur le Maire, chers collègues,

Selon un rapport publié en 2016 par l’Observatoire national de la politique de la ville, « un diplômé bac+5 de plus de 30 ans a 22% de chances de moins d’occuper un emploi de cadre lorsqu’il est issu des quartiers prioritaires ». Une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) va dans le même sens et révèle un écart de taux de chômage pour les enfants immigrés non européens de 4 à 5 points par rapport aux jeunes nés en France métropolitaine de parents français.

La jeunesse des quartiers prioritaires de la politique de la ville connaît une insertion professionnelle plus difficile que le reste de la jeunesse des autres quartiers des mêmes villes : 31% des moins de 30 ans y sont au chômage (contre 17%).

Un testing réalisé par l’Institut Montaigne en 2013 avait démontré le poids des discriminations en fonction des origines et des pratiques religieuses. Plus de 6000 CV fictifs avaient été envoyés partout en France. Les résultats sont sans appel : à profil équivalent, Mohammed devra envoyer 20 CV avant d’espérer être convoqué à un entretien, Michel, seulement 5. Trois ans plus tard, une autre étude corroborait ce phénomène de mise à l’écart injustifiée : une candidature « maghrébine » reçoit dans 9% des cas une réponse positive, contre 20% pour les candidatures « hexagonales », soit 11 points d’écart selon les conclusions de ces travaux menés par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des stratégies (Dares) et l’association ISM Corum, que je connais bien, spécialisée dans la prévention des discriminations.

L’âge renforce les discriminations liées au genre, origines ethniques supposées ou lieu de résidence. Ainsi, les jeunes issus de l’immigration encourent des risques discriminatoires significatifs dans l’accès au parc locatif privé, tout comme les candidats provenant d’un quartier prioritaire de la politique de la ville mais dans une proportion moindre. Les candidats supposés d’origine maghrébine de 20 ans ont près de deux fois moins de chances d’accéder sans désavantage à la visite de logement que les candidats sans origine migratoire du même âge (78% des cas contre 44%).

Nous soutenons pleinement cette participation au projet porté par Grenoble-Alpes Métropole et dans lequel s’impliquent également Nantes Métropole et la commune d’Aubervilliers. Elle s’inscrit naturellement dans l’engagement de la Ville depuis plusieurs années déjà de lutter contre les discriminations. Rejoindre ainsi un réseau de collectivités territoriales engagées dans la prévention et la lutte contre les discriminations, mobiliser un écosystème d’acteurs variés, nous permettra d’aller plus loin encore en développant des mutualisations, des coopérations et par conséquent d’être plus efficaces, plus pertinents dans nos actions.

Le surchômage, la perte d’activité, la mauvaise allocation de la main d’œuvre, le gâchis de talents… tout cela coûte à notre société, à notre pays – France Stratégie a chiffré, en 2016, le coût de ces inégalités à près de 150 millions d’euros. Lutter contre et prévenir ces discriminations s’impose si nous voulons une ville plus inclusive !

Je vous remercie.

Zémorda Khelifi

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