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Politique de la ville, il faut associer les habitants !

Monsieur le maire, chers collègues

La convention locale du contrat de ville d’agglomération (contrat voté en juillet dernier) est un document important pour positionner les 5 quartiers prioritaires villeurbannais (Tonkin, Buers, St Jean, les Brosses, Jacques Monod) dans une vision d’ensemble de la ville et de la métropole et donner des perspectives nouvelles de développement social et urbain, suite à la loi Lamy qui a refondé la politique de la ville. On y lit des éléments très intéressants de diagnostic sans concession sur les difficultés de ces quartiers, et des orientations et objectifs qu’on ne peut que partager, mais on ne peut que regretter plusieurs manques, notamment sur le caractère opérationnel des actions mais aussi sur la place des habitants dans la co-construction des projets.

Des années de politique de la ville ne sont pas parvenues à enrayer les inégalités sociales et territoriales: des taux de chômage plus élevés que dans le reste de la ville ou la métropole : 15% sur Villeurbanne (9% dans la métropole) alors qu’il est de 20% à St Jean, 19 aux Brosses, 17 au Tonkin… un plus faible niveau de formation qu’ailleurs, du décrochage scolaire, et 23% des 15-24 ans appartenant aux NEET : on découvre d’ailleurs ce nouveau terme anglais qui signifie « sans emploi, sans éducation ou sans formation » (Note in Education, Employment or Training), un accès moindre des enfants et des jeunes à l’offre sportive et artistique. Par exemple, sur le sport, les 15-17 de ces quartiers sont particulièrement peu inscrits aux activités sportives et surtout les filles. Sur ces questions, on aurait aimé trouver quelques premiers éléments de bilan sur la fréquentation des activités périscolaires mises en place dans le cadre de la réforme des rythmes. Même si on n’a qu’un an de recul, que peut-on dire de la participation des enfants des quartiers prioritaires à ces activités, dont l’objectif était notamment d’offrir des opportunités à des enfants qui n’en avaient pas jusque-là ? Des inégalités aussi en matière de santé avec une part plus importante de bénéficiaires atteints d’une affection de longue durée, car le dépistage et la prévention des maladies chroniques sont moins bons qu’ailleurs. La future maison de santé des Buers contribuera à apporter une réponse, mais ce projet va déshabiller St Jean de son seul médecin puisque celui-ci exercera aux Buers en 2017.
Nous souscrivons aux orientations proposées sur de nombreux points pour la réduction des inégalités qui touchent ces habitants (développement urbain et économique, emploi, insertion, enfance et jeunesse), l’aspect opérationnel de la mise en œuvre et les moyens tant humains que financiers font cruellement défaut dans le document. Quelques domaines seulement relèvent d’actions concrètes, telle la fin du plancher des 25h pour avoir accès à un mode de garde, qui pénalisait notamment les femmes en recherche d’activité ou de formation et le déploiement d’agents dans les points Info enfance aux Brosses et aux Buers pour recenser les demandes de garde.
Sur l’économie social et solidaire, il est question (encore au conditionnel) de l’implantation de la 1ère plateforme métropolitaine de tri-réemploi à St jean, une piste intéressante alliant enjeux sociaux d’insertion et enjeux environnementaux ; cela amplifierait la démarche « zéro gaspi zéro déchets » lancée en novembre par la Métropole. Nous espérons que le projet est en discussion au Grand Lyon. Le rapport reste très vague sur les clauses d’insertion dans les marchés publics alors qu’il y a un réel enjeu pour offrir des parcours d’insertion. Le lien avec le Plan métropolitain d’insertion pour l’emploi voté le 10/12 à la Métropole est évident et doit se traduire en actions précises.

Sur la place des habitants, volet important de la politique de la ville, comment la démarche a-t-elle été conduite avec les habitants et comment sera-telle poursuivie, notamment pour les 2 quartiers retenus par l’ANRU, les Buers et St-jean. Sur les Buers, il est évoqué des démarches engagées puis interrompues et qui devraient reprendre… Les habitants des Buers ont-ils débattu par exemple de la démolition de la barre de Croix Luizet de son remplacement par un immeuble tertiaire ? L’aménagement de la place des Buers, pourrait elle aussi constituer un véritable lieu de co-construction avec les habitants. Sur Saint jean, rien n’est mentionné sur une quelconque implication des habitants : le rapport a l’honnêteté de rappeler que la réflexion prospective a démarré en 2005 : 10 ans après, ça n’a pas beaucoup avancé, hormis un périmètre de prise en considération voté le 10/12 au Grand Lyon. Sur St Jean on promet beaucoup, on avance peu. La Ville annonçait un objectif de doublement de la population, pour passer de 3000 à 6000 habitants. Il y a quelques semaines, M. l’adjoint à l’urbanisme parlait de 15 000 habitants : qu’en est-il ? Mais surtout très concrètement, comment construire un projet avec les habitants, avec les comités de locataires et quand la Métropole de Lyon mettra t- elle les moyens annoncés ? Une ZAC sera-t-elle créée ? Dans quel calendrier avec l’ANRU ? Quels seront les budgets ? Et que dire du serpent de mer de l’amélioration des transports en commun sur St Jean ? Le tramway au nord n’est pas au plan de mandat du Sytral ? La desserte au sud qu’aurait pu apporter C3 en tram n’est pas d’actualité ? Plus de bus sur la ligne 7 ? Oui, peut-être, mais quand ? Combien ??
L’éligibilité des Buers et St Jean au programme d’intérêt national de l’ANRU ne doit pas conduire à une politique de démolition de nombreux logements à bas loyers (car on sait que la reconstruction se fait par les logements sociaux nécessairement plus chers), alors que la ville et l’agglomération manquent de loyers très bas. Jusqu’à présent à Villeurbanne la démolition a été très faible (100 logements à la Poudrette, et bientôt Vert Buisson) et nous nous en réjouissons. Les nouveaux projets urbains devront garder cet objectif, et se doter d’objectifs importants en matière de réhabilitation thermique des logements, pour réduire les charges des locataires tant dans le parc social que dans les copropriétés, il y en a des quartiers en politique de la ville. Notamment dans la résidence Saint André aux Brosses, qui cumule de nombreuses difficultés, quelle démarche opérationnelle va être engagée après la phase de réalisation des études?
Enfin, sur Saint jean, pas de projet particulier sur les berges du canal alors que cela pourrait être une formidable opportunité de créer un espace public agréable qui contribue aussi à redonner de l’attractivité à ce quartier…

Avec des propositions constructives pour les quartiers et leurs habitants que nous espérons avoir été entendues, nous voterons ce rapport.
Je vous remercie.

Béatrice Vessiller

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