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Le repos dominical, un droit fondamental du travail et un choix de société

Monsieur le maire, chers collègues,

Martine Aubry déclarait le 7 décembre : « Sarkozy a tué la République et nous, on a tué la politique. ». En effet, nous avons tous une part de responsabilité mais le gouvernement actuel est responsable de la perte de repères politiques. En menant une politique contraire à ses engagements et similaire à celle de ses prédécesseurs, comme la dérégulation du droit du travail, le démantèlement des protections salariales sous prétexte de compétitivité, le transfert de l’argent public aux entreprises sous forme de subventions ou d’exonérations fiscales, il a appauvri et précarisé les salariés.
La stratégie de déconstruction du code du travail, initiée maintenant il y a plus de trente ans, risque, si elle aboutit, de nous ramener au 19ème siècle. Nous condamnons l’Accord National Interprofessionnel et la loi Macron qui y contribuent. La modification des conditions d’exercice du travail dominical n’en est qu’un exemple emblématique.

Le travail du dimanche concerne essentiellement les femmes, dans des secteurs tels que le commerce ou la restauration. C’est le royaume des petites payes et des situations précaires qui ne peuvent dire « non ». Dans la grande distribution par exemple, le salaire moyen est de 1300 euros par mois et 60% des salariés sont à temps partiel. Dans ces conditions, le travail le dimanche devient vite une obligation pour vivre… C’est aussi un jour de plus sans les enfants, parfois laissés tous seuls à la maison, un jour de plus levée tôt et couchée tard. Et ainsi de suite.

Un argument en faveur de l’ouverture dominicale serait l’effet bénéfique sur l’emploi ou l’activité. Mais cela ne change rien à la consommation : ce n’est pas parce qu’un magasin est ouvert un autre jour que les achats vont augmenter. C’est un simple étalement dans le temps. Aux Etats-Unis par exemple, les horaires élargis ont permis d’augmenter l’emploi de 1%, mais ont parallèlement contribué à la destruction d’emplois dans les petits commerces. En Italie, l’ouverture des magasins 7 jours sur 7 a favorisé l’augmentation des prix pour compenser la hausse des frais fixes engendrés par les horaires élargis.

La loi prévoyait déjà de très nombreuses exceptions au repos dominical. Le travail le dimanche est déjà trop développé : en 2010, selon l’INSEE 6,4 millions de personnes travaillent le dimanche, soit plus du quart de la population active. Selon l’INSEE toujours, travailler le dimanche va presque toujours de pair avec le travail du samedi, et souvent avec des horaires variables et une plus grande amplitude de la journée de travail. Dans le commerce de détail ou l’artisanat commercial, travailler le samedi est la règle et travailler le dimanche est récurrent : 93% des personnes ayant un emploi dans les métiers du commerce travaillent le samedi ou le dimanche, habituellement ou occasionnellement.
Le travail du dimanche c’est la sur-exploitation non seulement des individus qui y sont contraints mais de toute la société réduite à sa fonction de consommation marchande.

Le repos dominical, c’est un droit fondamental du travail et un choix de société. C’est une loi fondamentale de la République laïque française. Bien vivre, c’est avoir le temps d’être en famille ou entre amis, d’avoir du temps de loisir autre que celui d’être obligé de faire ses courses le dimanche. La course effrénée à la consommation, avec le gaspillage et la dégradation de l’environnement qui l’accompagne, ne peut plus être érigée en modèle de société.

Douze ouvertures dominicales, cela représente un dimanche par mois si on enlève les congés annuels. Le risque à terme est bien une généralisation du travail le dimanche, et du travail de nuit, avec la disparition complète des avantages qui y sont associés, comme ça a été le cas aux Etats-Unis ou dans les zones touristiques en France. Pour que les salariés ne soient plus obligés de travailler la nuit ou le dimanche, il faut augmenter les salaires, ce qui induirait une réelle relance de l’activité…

Nous refusons la mise en œuvre de cette régression sociétale et nous voterons contre cette délibération.

Olivier Glück

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