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Budget primitif 2016 à Villeurbanne : Oui à l’investissement, Non à l’austérité

Monsieur le maire, chers collègues,

Tout d’abord, permettez moi un petit point introductif au lendemain des élections régionales. Au-delà des résultats, nous ne pouvons que constater une fois de plus que la représentation politique est en déroute. Au 1er tour, plus d’un électeur sur deux n’a pas voté, un votant sur trois a voté FN au 1er tour dans notre pays. 60 % des ouvriers/employés n’ont pas voté, 70 % des jeunes de 18 à 35 ans n’ont pas voté. Si ces phénomènes ne sont malheureusement pas nouveaux, leur accentuation montre une crise de représentation qui atteint des niveaux sans précédents et les politiques municipales ne peuvent pas faire comme s’il ne s’était rien passé…

Il nous faut tous retrouver de l’humilité, de l’écoute des autres, du respect d’autrui et bannir tout ce qui peut donner le sentiment de condescende, d’omniscience… Albert Jacquard a eu cette heureuse formule : « Il faut prendre conscience de l’apport d’autrui, d’autant plus riche que la différence avec soi-même est plus grande. ». L’important dans le dialogue, y compris dans celui de cette assemblée, ce n’est pas d’imposer ses idées, mais de réfléchir et remettre en question les idées toute faites que nous avons sur certains sujets. En ce sens, les concertations ne doivent pas être des semblants de concertation. Dans ce domaine, l’exemple récent de l’école provisoire est révélateur. Beaucoup de parents, dont certains n’ont pas l’habitude de s’investir dans les affaires de leur commune, ont le sentiment d’avoir perdu leur temps, de ne pas avoir été écoutés, ils ont ressenti du mépris. Ils auraient aimé qu’on réponde à leurs problèmes plutôt qu’on leur explique ce qui est bien pour eux et leurs enfants.
Un autre exemple anecdotique mais révélateur est le ton des débats dans cette enceinte. Il y a trop souvent du mépris dans vos réponses Monsieur le Maire. Par exemple, suite à mon intervention lors du Débat des Orientations Budgétaires, vous disiez :
« Monsieur Gluck, à vous entendre par rapport à ce que nous devrions faire en matière de fonctionnement et d’investissement, j’aurais envie de vous confier les clés de la ville mais cela ne durerait pas longtemps car la Chambre régionale des comptes arriverait vite ! ». Ce type de propos n’est pas digne du débat démocratique. Vous utilisez souvent des invectives de cette sorte pour répondre ou plutôt ne pas répondre aux propos qui vous embarrassent.

J’en viens donc au budget en souhaitant que votre réponse sera respectueuse de notre expression qui soulève des points d’accords et de désaccords dans le cadre du débat démocratique. Nous ne faisons rien d’autre que d’exercer le mandat qui nous a été confié.

Le budget 2016 est en augmentation de 4% malgré une nouvelle baisse des dotations de l’Etat. Cela traduit, en particulier, un effort important cette année sur les dépenses d’investissements puisqu’elles augmentent de 14,5%. Nous approuvons totalement ce choix puisque nous le réclamons chaque année lors du Débat des orientations budgétaires, pour mieux répondre aux besoins des Villeurbannais en équipements et service publics.
Les dépenses d’équipement passent de 41 à 44 M€. En particulier, les dépenses pour travaux augmentent de 32% cette année après une augmentation de 20% l’année dernière. Plus de 16 M€ sur 36 M€ sont consacrés à la rénovation des groupes scolaires, 5 M€ au secteur du sport avec en particulier les travaux du centre nautique Etienne Gagnaire et les travaux du nouveau pôle sportif Gratte-Ciel centre-ville, autant de projets dont nous nous félicitons.
Le ratio Dépenses d’équipement brut/population passe de 279 € en 2015 à 298 euros en 2016 mais nous soulignons qu’il reste nettement inférieur aux moyennes nationales de la strate (326 €).

Le recours à l’emprunt, hors crédits revolving, s’élèverait à 23,3 M€. Il était de 18,3 M€ en 2015, de 11,4 M€ en 2014 et 9,1 M€ en 2013. Il s’agit donc d’une hausse importante que nous soutenons car elle permet d’augmenter le niveau d’investissement et ainsi de satisfaire les besoins en équipements des Villeurbannais. Cette hausse est tout à fait supportable par la ville puisque la dette reste très faible avec 48 euros par habitant contre plus de 1100 euros par habitant dans les communes de la même strate. Nous sommes également satisfaits du recours à l’agence France locale pour couvrir une partie des emprunts sans intermédiaire financier.

Ces investissements sont donc rendus possibles sans augmenter les impôts, en recourant davantage à l’emprunt et grâce à la bonne santé financière de la ville, à une bonne gestion que nous reconnaissons bien volontiers.

Cette très bonne santé financière de la ville aurait pu permettre des investissements plus importants dans le mandat précédent, pour mieux anticiper la croissance démographique, en construisant notamment de nouveaux équipements sportifs et de nouvelles salles de classe. Cela aurait permis d’éviter la saturation des gymnases et écoles, une situation qui dure depuis plusieurs années et que vous peinez à rattraper malgré les importants travaux en cours. Ainsi, la capacité d’accueil des restaurants scolaires va augmenter cette année, des agrandissements de groupes scolaires vont permettre l’ouverture de nouvelles classes dans les écoles lors des trois prochaines années. Et pourtant, vous dites vous même que cela ne suffit pas. Du moins, c’est votre seul argument valable pour justifier la construction d’une école provisoire modulaire en attendant la future école de la ZAC Gratte-ciel. J’insiste sur le terme provisoire qui me paraît plus clair que le terme « préfiguratrice » que vous martelez dans toutes vos communications. Cette école est bien provisoire n’est-ce pas ? Elle est bien prévue pour 3 ans uniquement et pas un an de plus ? La future école de la ZAC Gratte-ciel est-elle toujours prévue pour septembre 2019 ? Le concours d’architectes est-il lancé ? Vous prévoyez seulement 30K€ pour les études de ces travaux alors qu’il est prévu, par exemple, 80K€ pour le futur GS du carré de Soie, 80K€ pour la construction de 4 classes dans le GS du Tonkin… 1,5 M€ sont donc prévus pour construire cette école provisoire sur les terrains du collège Môrice Leroux. Les différents acteurs concernés, au collège ou dans les écoles voisines n’ont toujours pas les réponses aux multiples problèmes soulevés depuis le printemps dernier. Les réunions de concertation n’ont visé qu’à essayer de justifier, sans arguments précis, qu’il s’agissait de la seule bonne solution… Alors que plus d’une trentaine de nouvelles salles de classe vont être créées prochainement grâce aux travaux en cours dans les groupes scolaires, il n’a pas été prouvé que cette école provisoire, qui ne satisfait personne, était un point de passage obligé.

Concernant les recettes de fonctionnement, nous condamnons une nouvelle fois la baisse des dotations de l’Etat. À juste titre, vous avez qualifié d’« historique » l’ampleur de la baisse cette année. Ainsi pour Villeurbanne, cela devrait se traduire par une nouvelle baisse proche de 3 M€ en 2016 sur un total de 22 M€ soit une baisse de 13,5%. Cette baisse s’ajoute à celles de 2,8 M€ en 2015, 1,5 M€ en 2014 et 1 M€ en 2013. Et bien sûr, cette baisse va se poursuivre jusqu’en 2017. Entre 2013 et 2017, la dotation aura ainsi subie une baisse supérieure à 11 M€ soit l’équivalent du financement d’un nouveau groupe scolaire !
Cela a une incidence sur la capacité d’investissement sans recours à l’emprunt. Le virement à la section d’investissement qui était de 12 M€ en 2014 et 8,5 M€ en 2015 passe à 8,1 M€ en 2016. La baisse est contenue cette année mais elle se poursuit.
Les recettes de fonctionnement montrent également une forte augmentation des recettes liées aux redevances et droits des services rendus par la ville aux usagers. Les familles vont encore devoir mettre la main au portefeuille… Après la hausse importante des tarifs de restauration scolaire l’année dernière, il est prévu d’augmenter cette année les droits d’entrée dans les piscines municipales de plus de 10% ainsi que la tarification des accueils à Chamagnieu.

Concernant les dépenses de fonctionnement,
Les charges générales baissent de 3,5% ce qui correspond en volume à l’économie réalisée par la suppression de l’édition 2016 des Invites. Cette décision, prise pour des raisons d’économies, illustre bien les conséquences de l’austérité et les retombées négatives que cela peut avoir en termes économiques.
Nous sommes satisfaits de voir que l’approvisionnement de la cuisine centrale en produits bruts locaux est en augmentation mais nous rappelons également qu’il y a encore une marge de progression importante sur la part des produits Bio et locaux. Dans le domaine de la culture, nous dénoncions l’année dernière la baisse de 6% des fournitures des bibliothèques et médiathèques en livres, disques… Cela est légèrement corrigé cette année sans pour autant retrouver le niveau antérieur.
Les frais de transports collectifs augmentent fortement du fait des transports d’élèves pour la restauration municipale. Il y a actuellement 110 enfants chaque jour qui doivent prendre le car pour aller manger dans une autre école que la leur. Sans doute, faudra t-il y ajouter tous les enfants de l’école provisoire, soit 200 enfants environ qui n’auront pas de cantine scolaire dans l’école ni même à proximité ? Ne peut-on pas envisager une restauration modulaire sur place en liaison chaude avec la cuisine centrale ?
Dans le domaine du périscolaire, nous saluons la hausse des fournitures qui étaient insuffisantes l’année dernière. En revanche, les charges de personnels du périscolaire diminue alors même qu’il semble y avoir une dégradation de la qualité d’encadrement des activités et qu’il faudrait augmenter le nombre d’animateurs recrutés. J’ai demandé en commission s’il y avait eu un changement dans le taux d’encadrement appliqué par rapport à l’année dernière mais je n’ai pas eu de réponse.
Dans les charges de personnel, le rapport stipule la suppression de 9 postes, le gel de 14 postes et la diminution des enveloppes de remplacements qui avait déjà baissées l’année dernière. Doit-on s’en féliciter ? Certes, il y a aussi la création de 22 postes mais ces postes sont tous liés à des besoins nouveaux.
Dans les charges de gestion courante, nous déplorons la baisse généralisée de toutes les subventions d’autant que c’était déjà le cas l’année dernière. Nous mesurons là aussi les effets de l’austérité. La caisse des écoles baisse de 11% du fait de la suppression des classes découverte spécifiques hors Chamagnieu. Fini les classes de neige à Valloire, les classes péniche ou autres classes vertes. Dommage pour les petits Villeurbannais… Au BP 2008, il y avait 379 K€ contre 320 K€ au BP 2016 alors que le nombre d’élèves a fortement augmenté et que l’inflation cumulée sur cette période est évaluée à plus de 12%. Par ailleurs, la caisse des écoles intègre désormais les actions pédagogiques annuelles donc les 30 K€ correspondants masquent une partie de la baisse réelle. Pourtant, le fonctionnement des écoles est un domaine dans lequel les moyens sont insuffisants.
Les subventions aux associations diminuent de 2,3% ce qui s’ajoute à la baisse de 2,1% de l’année dernière. Cela concerne les associations sportives, culturelles, d’éducation, d’action sociale, d’accueil de loisirs sans hébergement, de services aux personnes âgées… Le CCO et les centres sociaux seraient épargnés cette année, ce dont nous nous félicitons, mais ils devront faire des efforts dès l’année prochaine !

Pour conclure, nous saluons l’effort important qui est fait sur les investissements. Nous souhaitons que cet effort soit durable et se poursuive jusqu’à la fin du mandat. Nous soutenons votre choix d’augmenter le recours à l’emprunt et de ne pas augmenter les impôts locaux. Néanmoins, nous ne pouvons pas cautionner un budget qui, à cause des choix d’austérité du gouvernement, se traduit inévitablement par un recul de la qualité des services publics de proximité, une diminution des subventions aux associations, une hausse de certains tarifs facturés aux usagers et une « optimisation de l’organisation des services » qui aboutit généralement à la dégradation des conditions de travail de certains personnels…
Pour toutes ces raisons, nous nous abstiendrons sur ce budget.

Olivier Glück

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