dimanche

Les 10 dimanches du maire de Villeurbanne : une régression sociale

Monsieur le Maire, chers collègues,

Vous nous proposez par le biais de cette délibération de continuer à autoriser l’ouverture des magasins 10 dimanches pour l’année 2017 à Villeurbanne, comme l’autorise en effet la loi Macron, loi fourre-tout votée par votre majorité gouvernementale en 2015.

Aucun bilan n’a été porté à notre connaissance sur les ouvertures réalisées en 2016 et en particulier sur les conséquences sur le commerce de proximité. Pas non plus de retour sur la concertation avec les commerçants ou la consultation préalable auprès des syndicats, ce n’est pourtant pas faute de vous avoir demandé ces éléments en commission, même si nous imaginons bien la teneur des échanges avec les syndicats.

Je vais donc m’appuyer sur le récent rapport en la matière d’Eva SAS, députée écologiste, sur le travail de nombreux experts ou même sur la très récente mission d’information et d’évaluation du Conseil de Paris. Que ce soit dans le cadre de 5, 10 ou même 12 ouvertures annuelles et dominicales des commerces, nos concitoyens ne consomment pas plus, parce que la loi ne peut pas fabriquer artificiellement des richesses quand le pouvoir d’achat est au plus bas. On ne va que diluer les possibilités d’acheter, en remplaçant le repos et les activités familiales, sociales, culturelles du dimanche par la tournée dominicale des magasins, le tout au détriment de la qualité de vie des employés réquisitionnés, Quand bien même l’ouverture dominicale inciterait à consommer davantage, pour beaucoup de nos concitoyens ce serait au prix d’un endettement supplémentaire qui bénéficierait plus aux banques qu’au consommateur!

Je voudrais citer le communiqué du secrétariat national du parti socialiste en 2009 lorsque la Droite au pouvoir remettait en cause le repos dominical titré alors « travail du
dimanche, une tromperie organisée » et qui concluait que « pour le parti socialiste, le travail du dimanche, c’est inefficace sur le plan économique, dangereux pour les salariés, néfaste pour la vie sociale ». Ça c’était sans doute l’époque où ce Parti était encore de gauche.

Pour autoriser ces dérogations, et je reprends vos arguments de l’année dernière, vous donnez quelques excuses en guise d’alibis.

L’excuse d’abord basée sur le volontariat des salariés. Effectivement, c’est un choix, mais un choix contraint par les conditions sociales, économiques, un choix qui est éclairé par les contraintes quotidiennes. C’est bien méconnaitre l’entreprise que de croire que cet acte volontaire se fait hors de toute contrainte hiérarchique implicite. Ne pas être volontaire c’est inévitablement s’exposer aux jugement les plus négatifs de son patron…

L’excuse de la compensation salariale et l’occasion d’aider la population à faible pouvoir d’achat à avoir quelques revenus supplémentaires. Le plus souvent, ceux qui travaillent le dimanche sont des travailleurs pauvres ou précaires qui n’arrivent pas à gagner leur vie correctement ou à boucler leur fin de mois. Les femmes représentent 70
à 80 % des salariés du commerce, et environ 50 % d’entre elles sont chefs de famille, la garde des enfants le dimanche greffe lourdement leur budget. Pour
vivre décemment, il faudrait donc se sacrifier et délaisser toute vie familiale, sociale ou culturelle. Croyez-moi, et pour l’avoir vécu moi-même il y a quelques années, si ces personnes avaient vraiment le choix, elles ne le feraient pas. Vous avez donc bel et bien intégré que le seul moyen de gagner plus, pour un travailleur pauvre, est de travailler plus.

L’excuse de favoriser la dynamique commerciale, notamment celle du centre-ville. Vous vous trompez, de bonne foi sans doute, en croyant sauver le petit commerce de proximité en développant les ouvertures dominicales. Les coûts pour ces petits commerces seront proportionnellement bien supérieurs à ceux des grandes enseignes ou des
chaînes, et cela se traduira en réalité par une accélération de la fragilisation du petit commerce. Ce n’est certainement pas en courant derrière la grande distribution ou le commerce sur internet qu’il s’en verra dynamisé. Nous croyons beaucoup plus aux outils existants que sont par exemple le management de centre-ville, au travail des associations de commerçants qui favorisent l’implantation d’activités en pied d’immeubles, de rez-de-chaussée, et qui permettent de retisser du lien entre les habitants de nos quartiers.

Le repos dominical est un principe essentiel de la société française, fondamentale aussi bien pour la protection des salariés que pour la cohésion sociale. Le travail du dimanche et l’assujettissement à la consommation 7 jours sur 7 ne font pas partie du modèle de société que nous défendons, celui où il est au contraire urgent de consommer
moins et autrement.

Comme l’année dernière, nous voterons contre cette délibération

Je vous remercie pour votre attention.

Zémorda Khelifi

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