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Trop d’inquiétudes sur la politique du logement en France

La 23e édition du rapport annuel sur L’État du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre livre une nouvelle description de la crise du logement. Si le marché de l’immobilier affiche une bonne santé générale, l’habitat indigne constitue un phénomène massif en France. Le ministère du Logement a publié en 2014 une estimation portant sur 420 000 logements indignes, laquelle serait très largement sous-estimée selon les acteurs spécialistes.

Un nombre croissant de familles ou de personnes seules sont contraintes d’habiter des logements insalubres qui peuvent nuire à leur santé et à leur sécurité. La plupart de ces victimes n’osent pas se plaindre : peur des conséquences, peur de ne plus avoir de logement du tout, et pour ces raisons, il est indispensable que la puissance publique intervienne pour les protéger. Vivre dans de mauvaises conditions d’habitat entraîne de nombreuses pathologies, souvent en lien avec l’humidité et les moisissures dans le logement : pathologies allergiques et respiratoires, inflammation de la peau et des muqueuses, infections pulmonaires, mais aussi des impacts d’ordre psychique : troubles du sommeil, troubles de l’humeur (tristesse, colère, perte d’énergie, etc.), stress, anxiété et dépression, dévalorisation sociale et dégradation de l’image de soi, troubles du comportement…

A Villeurbanne, selon l’étude « Parc privé du Grand Lyon », il y a près de 2000 logements potentiellement indignes et 300 copropriétés potentiellement fragiles. Ce Programme d’intérêt général immeubles sensibles, engagé depuis plusieurs années est une action nécessaire. Nous savons que chaque opération est difficile à réaliser et que les objectifs annoncés sont bien modestes au regard des logements concernés : le traitement de 13 immeubles (soit environ 130 logements). Nous pensons qu’il faudrait consacrer beaucoup plus de moyens humains et financiers à ces opérations, et en particulier pour amplifier la rénovation énergétique des logements privés et publics. C’est l’ambition annoncée par le gouvernement avec son plan de rénovation du bâtiment, mais nous avons bien noté qu’il ne mettra pas de moyens financiers  supplémentaires à l’ANAH notamment (et il va même diminuer les crédits d’impôt) : il est donc à craindre que les discours incantatoires ne suffisent pas à mieux lutter contre la précarité énergétique!

Dans le parc social, c’est encore pire, avec 800 millions de baisse des APL pour les locataires HLM, suppression des APL pour les primo-accédant, remise en cause des prêts à taux zéro, le logement social fait l’objet d’une attaque sans précédent dans la loi de finances 2018. Certains bailleurs sociaux risquent aussi d’être fragilisés et ne pourront pas financer les réhabilitations thermiques lourdes nécessaires dans les logements énergivores !

Nous souhaitons rappeler à travers cette délibération que le logement est un droit et que chacun doit prendre sa part dans l’effort collectif pour le satisfaire.

L’actualité est aussi marquée par la question de l’hébergement, et même de l’hébergement d’urgence dans le cadre du plan Grand froid et de l’accueil des migrants. Près de 200 migrants étaient hébergés dans un squat à Villeurbanne, à défaut d’être accueillis dans une structure dédiée financée par l’Etat, comme le droit le prévoit. Après le départ de feu hier soir dans une chambre du squat et vu que le préfet n’a pas pris de dispositions pour mettre ces personnes à l’abri, Monsieur le Maire, vous avez décidé d’ouvrir un gymnase et nous vous en remercions. Il n’en reste pas moins, que l’Etat doit maintenant assumer ses responsabilités et faire preuve réellement d’humanité dans les actes avec la prise en charge des dizaines de migrants de ce squat, mais aussi de ceux qui arrivent tous les jours, après avoir vécu des drames terribles. C’est de cet Etat là dont nous avons besoin, pas de celui qui prépare une loi  sur l’asile inhumaine et  scandaleuse.

Nous voterons cette délibération,

Je vous remercie.

Zémorda Khelifi

 

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