Archives du mot-clé téléprotection

camera videosurveillance

Souriez, vous êtes filmés à Villeurbanne !

Conseil municipal de Villeurbanne du 28 juin 2018

R-2018-236 – Demande de financement auprès de l’Etat au titre du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD)

Monsieur le Maire, chers collègues,

Tout d’abord, notre groupe souhaite vous remercier pour votre volonté de transparence, suite à la commission municipale que vous avez réunie sur le thème de la vidéoprotection.

Par le biais de cette délibération, vous souhaitez solliciter le Fonds interministériel de prévention de la délinquance, afin qu’il contribue au financement de l’installation sur trois sites (Tonkin, Cours Tolstoï et centre-ville) d’une trentaine de caméras et de la création de 5 zones permettant l’implantation de caméras nomades.

Le tout coutera la bagatelle de 450 000 euros, et ce montant ne tient compte que de l’investissement, Il ne faut pas oublier que les coûts de maintenance sont en moyenne de 10 %. Ensuite, pour que les caméras puissent permettre une identification – dans les rares cas où cela est possible – il faudra assurer un éclairage suffisant allant à l’encontre des efforts d’économie actuels et provoquant des pollutions lumineuses supplémentaires.

Le Directeur de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a déclaré qu’aucune étude en France ne démontre l’efficacité de la vidéoprotection sur le plan préventif et dissuasif. Au contraire, il a évoqué le fait que les délinquants quittent les zones surveillées pour aller là où il n’y a pas de caméras. Avec les caméras, on ne fait donc que déplacer les problèmes, un peu plus loin !

Par ailleurs, dans plusieurs villes équipées, le nombre de délits repérés grâce aux caméras représente moins de 3 % de la délinquance de voie publique, selon une enquête réalisée par le CNRS.

Il y a 6 mois, était votée à l’Assemblée Nationale une loi extrêmement liberticide : la loi anti-terroriste qui, pour répondre aux problèmes d’insécurité, a inscrit dans le droit commun un certain nombre de mesures auparavant exceptionnelles et dérogatoires. Puis ont suivi d’autres mesures liberticides, comme la loi asile et immigration. Dans  cette ambiance du tout sécuritaire, vous accentuez  la déshumanisation par l’installation d’un dispositif technologique, qui n’a pas fait ses preuves!  le renforcement de la présence humaine sur le terrain et dans la durée, tant en matière de prévention, de médiation  que de répression quand il s’agit d’actes délinquants ou délictueux,  nous parait plus important : police nationale et agents municipaux ont chacun leur rôle et c’est là qu’il faut des moyens.

Ajoutons aussi que beaucoup de faits de délinquance sont liés à des trafics de substances illicites et que nous pensons qu’il est grand temps d’ouvrir un débat national sur la dépénalisation du cannabis.  Enfin, rappelons, qu’à court terme, la protection des personnes et des biens est toujours de la compétence de l’Etat. L’installation du dispositif que vous nous proposez est l’acceptation explicite d’un transfert de charge.

Il y a là un choix de modèle de société ; mettre en place des caméras, sans beaucoup d’illusion sur leur efficacité ou résister à la tentation de la facilité et trouver d’autres formes de réponse,  durables, humaines et collectives.

Nous voterons contre cette délibération. Je vous remercie .
Zémorda Khelifi

Share This: